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Interview d'artistes : Mamady Keïta

Interview d'artistes : Mamady Keïta

Balandangu a grandit

Artiste international et pédagogue reconnu, le djembéfola Mamady Keïta représente à lui seul l’image du parfait tambourinaire africain. Sur toutes les scènes, en disque, en vidéo, en méthode, il est un des percussionnistes africains les plus adulés de ces vingt dernières années.

Quiconque parle du tambour djembé au troisième millénaire se doit de connaître cet homme si remarquable, au même titre que ses aînés Famoudou Konaté ou Fadouba Oularé, tous les trois originaires de Guinée.

Flash-back : Découvrez ou redécouvrez une interview de l'artiste réalisée par l'équipe Djoliba-Percussions.org en 2004.

Pour commencer, aurais-tu quelques mots à dire à tous les fans de percussions africaines sur la disparition du djembefola Soungalo Coulibaly ?

Mamady Keïta : Absolument ! Je regrette beaucoup la disparition de Soungalo Coulibaly ! Parce que là maintenant, je viens de fêter les quinze ans du « Festival Couleur Café » à Bruxelles, en même temps les quinze ans d’amitié entre les responsables du Festival et moi-même. J’ai vu naître ce festival à mon arrivée en Belgique. Le patron de « Couleur Café » et mon manager sont les deux personnes qui m’ont fais venir en Europe. On est trois, il y a « Poney » Groos mon producteur, Patrick Wallen et moi-même. Ils travaillent ensemble dans l’association « Zig Zag », et m’ont fais venir au travers de cette association. Lorsque nous avons fêté les dix ans de mon groupe « Sewa Kan », j’ai pensé inviter de nombreuses personnes.

Soungalo Coulibaly était l’un des premiers djembefola auquel j’ai songé, avant même d’autres comme Adama Dramé qui n’était pas disponible. J’ai invité Manu Dibango, Mory Kanté, Baba Sissoko, Famoudou Konaté, Doudou N’Diaye Rose mais aussi Salif Keita qui était malheureusement en tournée aux Etats-Unis. J’ai invité aussi des cubains et nous étions trente deux artistes sur scène ! Cette fois si j’ai vraiment mal au cœur de ne pas être avec Soungalo, qui aurait pu participer à cette tournée.

Sa disparition me fait mal surtout pour la qualité humaine du personnage et tout ce qu’il a apporté à la musique. Il ne savait pas uniquement jouer du djembé. Son ouverture et son esprit faisait de lui quelqu’un de très important et je ne suis pas le seul à le regretter.

Est-ce qu’à un moment de ta carrière tu as pensé arrêter et faire autre chose que de la musique ?

Mamady Keïta : Non ! Je vais rester dedans jusqu’à mon dernier jours, ça c’est clair ! Je suis né pour ça ! C’est mon chemin. Je n’ai pas d’autre chemin que celui de la transmission de la culture du djembé au monde et aussi le plaisir de le jouer, avec les copains et les amis. Partager avec n’importe qui… .

Il se trouve que tu as eu l’occasion de travailler avec Harry Belafonte pour un film durant ta jeunesse. De tes différentes expériences cinématographiques, penses-tu que le fait d’être passé à l’image, à l’écran, t’a donné une manière d’appréhender, et de mieux envisager la scène face au public ?

Mamady Keïta : Pendant ma jeunesse, à quatorze ans, j’étais un artiste du groupe de Harry Belafonte. A l’époque mon gouvernement et lui étaient très liés. Il voulait un groupe privé qu’il allait emmener avec lui aux Etats-Unis. J’ai fais partie du recrutement des artistes mais politiquement il y a eu des complications et le groupe est resté guinéen. Ce qui fait que le groupe qui était destiné à Harry Belafonte c’est transformé et a donné naissance au Ballet National Djoliba. Nous étions cinq cents artistes sélectionnés et j’étais dans les quarante-cinq personnes qui étais choisies. C’est donc dans ce cadre là que l’on me voit dans un film qui s’appelle « Africa Dance » (1964) avec Harry Belafonte.

Le fait d’être passé à l’image ne m’a pas vraiment aidé durant ma carrière. Le cinéma m’a aidé surtout lorsque j’ai participé à « Djembefola », mon film autobiographique, réalisé par Laurent Chevallier. J’ai commencé mon apprentissage au village, puis dans la région et à la capitale et ensuite c’est devenu international. Le film « Djembefola », qu’on a tourné vers la fin 1990 début 1991, a retracé un petit peu mon histoire et a participé à ma promotion, autant qu’à celle du tambour djembé. A la sortie du film il y avait déjà une sorte d’explosion du djembé dans le monde entier.

Envisages-tu de faire un livre sur ta carrière, ou un ouvrage sur la musique de tes origines ?

Mamady Keïta : J’ai déjà mon livre méthode « Une vie pour le Djembé », mais depuis deux années je prépare avec Lou et Claude Flagel de Fonti Musicali, un projet de livre avec plein de choses dedans. Le but serait de faire un livre sur ma vie en général. Le livre est un support intéressant, cela apportera sans doute autre chose que le film.

Pour parler un peu du tambour, quelle méthode emploie-tu pour obtenir une tension aussi aigue avec ton djembé ?

Mamady Keïta : Je crois que j’emploie les mêmes méthodes que tout le monde. Mais, c’est vrai que j’ai une tension qui me permet de garder le même son quelles que soient les conditions climatiques. Avant je tendais énormément la peau de mon djembé, mais au fur et à mesure de ma vie je n’aime plus trop les tambours très tendus. Mais « pas tendu chez moi cela peut être très tendu chez d’autres ! ».

Quand j’avais quatorze ans et jusqu’à environ quarante ans, je tendais ma peau au maximum mais avec le temps c’est autrement. En sortant du Ballet National Djoliba, j’avais déjà remarqué que je ne le tendais plus autant. Ce n’était pas une concurrence, mais on voulait avoir chacun le djembé qui avait le plus beau son, le mieux tendu ….

Traditionnellement le djembé n’est pas tendu aussi fortement. Dans les villages le djembé est monté avec des cordes de tension qui ne résistent pas à une tension forte. Les peaux d’antilopes qu’on utilise en général se cassent aussi facilement. Maintenant les cordes sont mieux et les djembés sont très tendus. En quittant le Ballet National Djoliba, je me suis dis c’est bon maintenant : « Calme toi ! Cool Mamady, joue le sans être trop fou ! ».

Tu utilises quel type de peau ? Et les montes-tu toi-même ?

Mamady Keïta : J’utilise principalement des peaux de chèvre. Avant je montais moi-même mes djembés mais maintenant ce sont mes enfants ou mes neveux qui me les montent. J’ai confiance en eux et je n’ai pas toujours le temps.

Au sujet du concert de ce soir, comment es-tu arrivé dans le projet « Master Of Percussion », et que penses-tu de ce projet ?

Mamady Keïta : En fait c’est mon manager qui m’a presque mit là dedans. J’ai fais beaucoup de scènes, pendant vingt-trois ans au Ballet National Djoliba, ensuite en Côte d’Ivoire avec le Ballet Koteba et puis encore de la scène. A un moment donné j’ai préféré me tourner exclusivement vers l’enseignement. J’ai formé l’ensemble « Sewa Kan » en 1988, mais le but n’était pas de faire des tournées. J’en avais marre, j’ai mis l’enseignement en avant pour rencontrer les gens et être plus proche des autres. Le public des concerts est plus loin de nous et c’est resté comme ça. Mais mon manager m’a dit stop ! « Tu dois faire quelque chose, donnes moi un peu de temps pour des concerts, une tournée. » J’ai dis « bon ça va ! Tu as raison je dois refaire un peu de scène ! ». Alors on a discuté un peu et j’ai été d’accord sur l’organisation. Je suis très content de ce projet, on rencontre d’autres gens, d’autres publics. Et puis j’entendais depuis trop longtemps la même chanson : « Alors Mamady, on te voit quant en concert ? ». (Sourire). Je ne faisais que des stages et c’est vrai que je refusais les concerts souvent par manque de temps. Même mes musiciens me disent parfois la même chose, ils veulent aussi tourner et être sur scène. Alors on fait cette tournée et pour le moment je suis très content.

Que penses-tu de la compilation « Djembe Master » de Follow Me Records ?

Mamady Keïta : Je l’aime beaucoup ! (Sourire). Elle me ramène au village avec nostalgie, puis à Conakry, et au studio en Belgique … . C’est tout un mélange de ma carrière et ce sont de bons souvenirs, de belles émotions.

Que pourrais-tu conseiller à un débutant percussionniste qui souhaite travailler le djembé ou les dununs ?

Mamady Keïta : Pour moi, jouer d’un instrument ce n’est pas une mode. Il n’y a pas de secret, il faut l’aimer. L’aimer pour ce qu’il est et ce qu’il apporte. Aimer sa tradition. Tous les instruments comme le djembé, le tabla ou la conga, méritent de s’intéresser à sa tradition, son histoire. Connaître les racines, s’informer. Mais ce que je conseille aux gens, qu’ils soient africains, européens, chinois ou américains, c’est d’apprendre avec un maître. C’est très important à mon avis. Parce que tu dois pouvoir expliquer ce que tu joues et l’histoire de ce que tu joues. Ce qui n’empêche pas de mettre le djembé dans la musique moderne. J’ai joué partout dans le monde avec des nationalités différentes et c’est très important de pouvoir échanger, de pouvoir expliquer ce que l’on fait. L’origine de ce que l’on joue et pouvoir répondre à des questions comme : Qu’est ce qu’un djembé ? Quelle est sa valeur dans la société mandingue ? Quel est son rôle ?

Quelqu’un qui débute le djembé sans avoir de maître, ou même juste un professeur pour apprendre les bases, ne peut pas avancer correctement. Il fait du bruit ! Le djembé ce n’est pas un instrument de bruit, c’est un instrument qui parle comme vous et moi. C’est très important, mais en dehors de la base tu peux faire ce que tu veux ! Tu prends l’instrument et tu le mélanges, une fois que tu connais les bases tu as beaucoup de portes ouvertes. Le djembé est ouvert à tout ! Mais il faut l’apprendre sérieusement, le respecter et l’aimer. Il faut ouvrir son cœur à l’instrument et il ouvrira son cœur à celui qui le joue.

© Djoliba / Jimmy Braun / Mamady Keïta

Interview initialement publiée sur le site Percussions.org en 2004.

Interview réalisée avec l’aimable autorisation de Mamady Keïta et de Follow Me Records le 26 juin 2004 à Strasbourg (France).    

* Balandangu : village natal de Mamady Keïta, situé dans le Wassolon près du fleuve Fé, dans la province de Siguiri, en République de Guinée.